Marseille et le Provence peuvent-elle devenir Capitale Européenne de la culture en 2013 ?

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Les façades de la mairie de Marseille, mais également d'Aix en Provence, de la préfecture, du conseil général, bref de tous les grands acteurs institutionnels de la région, témoignent amplement du soutien pour le projet.
On sait aujourd'hui que ce projet dépasse le cadre marseillais. C'est toute une région qui doit se sentir concerné. La ville de Salon est partenaire du projet et plusieurs initiatives locales vont voir le jour à la rentrée.

Des affiches " Marseille-Provence 2013 " on en voit d'ailleurs un peu partout, non seulement sur les bâtiments les plus emblématiques. Toutes les rames du tramway marseillais sont notamment décorées. Mais les provençaux donnent cependant l'impression de ne pas se sentir trop concernés. On pourrait même parler d'indifférence, surtout sur Marseille, alors que la majorité semble préoccupée, avant tout, par des problèmes de propreté, de sécurité ainsi que de l'état de leur portefeuille, qui devient de moins en moins épais.

" C'est bien d'ouvrir les bras à tout le monde, mais il faudrait vraiment régler d'abord nos problèmes à nous. " constate Michel, 50 ans, assistant public. Ces problèmes tournent tous autour de la baisse du pouvoir d'achat, et de la détérioration du cadre de vie qui va avec. Un état de fait qui surprend personne, étant donné qu'il constitue actuellement la préoccupation majeure de tous les Français, et pas seulement des Marseillais.

Un rapide tour des brasseries du Vieux-Port, nous fait vite sentir que le projet n'est pas encore mur dans les esprits, loin de là ! Des commerçants qui ne regardent que leurs poches et ne voient pas l'intérêt d'une telle manifestation.

" Nos recettes sont tombées jusqu'à 50% dans les dernières années. " s'injure un propriétaire de restaurant. " Les gens n'ont plus de fric, et la première chose qu'ils font dans ces cas là, c'est d'arrêter les sorties au resto. " souligne un autre.

Malgré le titre de capitale européenne de la culture, qui augmenterait inévitablement le nombre de visiteurs à Marseille, les commerçants demeurent sceptiques quant à un effet quelconque sur leur clientèle et sur les éventuelles recettes qui s'en suivraient. " Ça va rien changer, qui est-ce qui va en profiter de ces nouveaux arrivants ? Les hôtels, les musées, autres installations culturelles, mais pas nous qui offrons un menu à 15€. " remarque Thierry.

" Ça va apporter de la gloire aux hommes politiques, et pas pour nous.
Capitale européenne de la culture ? Rien avoir avec une coupe du monde de rugby
".
Outre les problèmes de pouvoir d'achat, les commerçants ne sont pas prêts à compter sur de grosses recettes pour une autre raison. " Ces gens qui viendront, ce n'est pas le genre de clientèle à s'installer dans nos bars. " constate Alain. " C'est pas comme pendant la coupe du monde de rugby ou l'euro, quand les supporters venaient en masse pour faire la fête ; c'était vraiment convivial, je doute que ce soit pareil avec des amateurs de culture. "
A entendre certaines réactions, il faudrait effectivement pour contenter certains commerçants que Marseille propose chaque année la Coupe du Monde !!!

L'on se rend compte assez vite que c'est toute une mentalité " portuaire " qui ressort dans les propos des Marseillais. Des habitants d'une ville, dont l'offre culturelle serait vraisemblablement l'un de ses points les plus faibles. " Marseille reste quand même un port. " remarque Nicolas, 35 ans, gérant de société. " Si Vous allez le soir dans le vieux port, il n'y a personne, pas de concerts, pas de musique, rien ; c'est une ville morte. " observe Magalie, patronne d'un resto. A ce niveau là de la discussion, on peut se demander légitimement pourquoi, elle ne met pas de musique dans son restaurant !!!

Les bars fermant à 2h du matin, un métro circulant jusqu'à minuit seulement, ceci explique cela. " Si on veut se cultiver on va plutôt ailleurs ; l'état d'esprit n'y est pas, tout simplement. "

Marseille, ça " bouge " quand même.
Nombreux sont ceux néanmoins, surtout parmi les jeunes, qui estiment que, bien au contraire, au niveau des manifestations culturelles à Marseille " ça bouge de plus en plus. " L'information ne circule peut-être pas toujours de manière efficace, mais Marseille ne serait certainement pas un endroit culturellement " périphérique ". Chacun considère bien entendu , et cela indépendamment de l'âge, qu'avec la mer, le soleil, les calanques, les vins de la région ou encore les champs de lavande, la candidature de Marseille-Provence tient toutes ses chances.

Changer d'image : Il faudrait tout de même, dans un premier temps, prendre soin de la propreté de la ville, que ses habitants, presque sans exception, considèrent comme le principal fléau de Marseille. Oui mais est-ce la ville qui est sale ou ses habitants qui le sont ? A voir les papiers jettés par terre à la suite du passage des employés de nettoyage on peut se poser la question !

Le taux d'incidents liés à la délinquance pointe en deuxième position. " On a peur de sortir le soir maintenant, la police ne patrouille pas assez, c'est devenu vraiment dangereux. " avoue Rose, vivant dans le quartier du Vieux Port. " Pour le remporter, Marseille doit impérativement essayer de se libérer de cette image. " constate une Lilloise (dont la ville fut capitale européenne de la culture en 2004). " Marseille souffre effectivement de ses clichés du genre : marchands de poisson au Vieux Port ; et le manque au niveau de l'offre culturelle est flagrant. " souligne de son côté Bernard Latarget, directeur de la candidature. " Mais c'est pour cela que nous avons tant besoin de gagner ce projet, plus que les autres. "

On le voit entre le projet qui n'est pas vraiment mur, une implication très mesurée des acteurs économiques, la désignation de Marseille et sa région est loin d'être gagnée.

Aprés le perte de la Coupe de l'América, une deuxième défaite ne serait pas bon signe pour le développement de la ville de Marseille et de sa région.